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Par Charlotte Lepri, chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). C'est une rock star qui depuis ce week-end est en tournée internationale. Afghanistan samedi, Koweït dimanche, Irak lundi, puis Israël, Jordanie, pour finir dans les trois principales capitales européennes, Berlin, Paris et Londres.
Ce déplacement fait déjà l'objet de nombreux commentaires et est très suivi, à la fois par les électeurs américains, les leaders étrangers, les observateurs de la politique américaine et l'opinion publique mondiale, tous impatients de voir comment Obama s'en sort sur la scène internationale.
Si, vue d'Europe, la venue de Barack Obama suscite l'engouement, la tournée internationale du Sénateur de l'Illinois n'en est pas moins périlleuse. Avec la présence de très nombreux médias (les trois présentateurs vedettes de ABC, NBC et CBS sont du voyage, sans compter la presse écrite, américaine et étrangère), Obama n'a pas le droit à l'erreur. Un mot de trop ou un commentaire déplacé raviverait les doutes autour de son inexpérience en matière de politique étrangère. Car c'est bien cela qui est en jeu : réduire la seule avance que McCain à sur lui, à savoir l'expérience sur les dossiers internationaux et la crédibilité à devenir Commander in chief. En effet, pour l'heure, si Barack Obama devance John McCain de 19 points sur l'économie – principale préoccupation des Américains –, 72 % des Américains pensent que le candidat républicain serait un bon commandant en chef, contre 48 % pour le candidat démocrate. On comprend alors l'importance des trois objectifs de la tournée d'Obama : renforcer sa crédibilité sur les questions de politique étrangère et de sécurité nationale, montrer qu'il est prêt à tenir son rôle de commandant en chef et donner un signal au reste du monde sur les changements probables de la politique étrangère américaine s'il est élu. Aux Etats-Unis, c'est surtout sa visite au Proche et Moyen Orient qui retient l'attention : Afghanistan, Irak, Jordanie et Israël (il rencontrera des représentants de l'Autorité palestinienne en Cisjordanie). Quelques jours après avoir présenté sa vision du monde, Obama vient confronter ses analyses (et celles de ses conseillers) à la réalité des faits. Obama est convaincu que la Guerre d'Irak a distrait les Etats-Unis de ce qu'il appelle le « front central de la lutte contre le terrorisme » – les régions qui longent la frontière afghano-pakistanaise où Al Qaida et les Talibans sont présents – et a perverti la politique étrangère américaine, au prix de milliers de vie, de milliards de dollars et d'une dégradation de l'image des Etats-Unis dans le monde. En Europe, la visite d'Obama sera plus confortable. Quoique… Certes, les opinions publiques occidentales sont d'ores et déjà séduites par Barack Obama. Lorsque John McCain s'était rendu en mars dernier en Europe et au Moyen Orient, sa visite avait été bien moins médiatisée. Cet enthousiasme pour Barack Obama s'explique par plusieurs raisons. La personnalité atypique du Sénateur de l'Illinois suffit à susciter l'engouement. En outre, les Européens sont impatients de savoir qui va succéder à George W. Bush, qui représente pour eux tout ce qu'ils pensent connaître des Etats-Unis : ignorance, unilatéralisme, arrogance, manque d'ouverture – caricatures souvent alimentées par la couverture médiatique de ce pays. Mais surtout, Obama a le don de redonner vie au « rêve américain ». Il représente une « Autre Amérique », celle que l'on admire, qui a cette capacité à sans cesse se renouveler et à donner sa chance à chacun. Mais même si les Européens sont déjà conquis par le phénomène Obama et plébiscitent le candidat démocrate (74% d'opinion favorable chez les Britanniques, 82 % chez les Allemands et même 84 % chez les Français ), Obama est loin de faire l'unanimité aux Etats-Unis. Et sa formidable popularité en Europe, si elle n'est toutefois pas un handicap, ne joue pas particulièrement en sa faveur. Dès lors, qu'attendre de Barack Obama si celui-ci est élu en novembre prochain ? Les Européens risquent finalement d'être déçus par sa politique, car il ne faut pas trop compter sur un changement radical. Le prochain Président américain n'infléchira pas de manière fondamentale la politique étrangère de son pays : les intérêts américains continueront à prévaloir. Le changement prôné par Obama risque en outre d'être minimisé par les évolutions récentes de l'administration Bush sur certains dossiers sensibles à quelques mois de la fin de son mandat. En acceptant de discuter avec les pays de l' « Axe du mal », en négociant avec la Corée du Nord (Condoleezza Rice doit se rendre à Singapour pour y rencontrer son homologue nord-coréen) ou avec l'Iran (le numéro trois du département d'Etat américain s'est ce week-end assis à la même table des négociations que l'Iran (1)), en laissant présager une réduction des troupes en Irak en septembre prochain, George W. Bush semble modifier son approche et opter pour une politique plus pragmatique et multilatérale, telle prônée par Barack Obama. Certains de ces changements ont été imposés par les évènements récents, d'autres par la constatation (tardive) d'échec de la ligne suivie jusque là. Reste à savoir si cela va renforcer la position de Barack Obama, qui soutient que son approche de la politique étrangère est la meilleure, ou au contraire lui ôter quelques arguments phares de sa campagne. Note : 1) Même si la réunion à Genève s'est terminée sans aucun résultat probant, Téhéran refusant toujours d'abandonner son programme nucléaire. Retrouvez l'IRIS sur son site Internet : www.iris-france.org Article reproduit dans le cadre du partenariat entre l'IRIS et Ilovepolitics.info - Tous droits réservés |
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