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Rédigé par Barthélémy Courmont le 03 Septembre 2008 à 17:44

Par Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS, en partenariat avec contre-feux.com. John McCain n’a pas attendu que les banderoles démocrates déployées à Denver soient remballées pour annoncer le nom de sa colistière : Sarah Palin. Deuxième femme figurant sur un ticket présidentiel (après Geraldine Ferraro, côté démocrate, en 1984), cette mère de cinq enfants marque un tournant dans la stratégie du camp républicain.

A quoi sert Sarah Palin ?
On attendait ainsi le gouverneur du Minnesota Tim Pawlenty, voire Mitt Romney et dans une moindre mesure Joe Lieberman, et c’est finalement vers une inconnue du grand public que le choix du candidat républicain s’est porté. Un pari risqué, qui nous invite à nous interroger sur ce à quoi va servir Sarah Palin dans la dernière ligne droite de la campagne de John McCain.

Un pari audacieux
Certains analystes américains, quelque peu déconcertés, mettent en avant le goût du jeu de McCain, et le pari d’un ticket inattendu, qui lui permettrait de dynamiser sa campagne. Notons au passage que le sénateur de l’Arizona peut effectivement être qualifié de joueur, et que ses positions parfois atypiques sont de vrais paris politiques. Le dernier en date, couronné de succès : défendre l’idée qu’une victoire en Irak reste possible, au début des Primaires républicaines. Un pari osé, mais un pari réussi, qui a fait mouche face à des candidats cherchant à esquiver la question. Avec Sarah Palin, c’est un pari encore plus audacieux : celui de la nouveauté, mais aussi de l’inexpérience, et d’une image conservatrice pouvant séduire un électorat, mais galvaniser dans le même temps des tensions partisanes dont on voit difficilement en quoi elles pourraient servir le sénateur de l’Arizona.

Moins d’expérience qu’Obama
Elle est inconnue du grand public américain et n'a aucune expérience en politique étrangèreLe plus gros handicap de Sarah Palin est son manque d’expérience. Gouverneur de l’Alaska depuis 2006, elle était auparavant maire d’une ville de 7.000 habitants. Aucune expérience en politique étrangère, inconnue du grand public américain, elle est à 44 ans une version presque caricaturale des critiques à l’encontre de Barack Obama formulées par les Républicains ! Les Démocrates n’ont d’ailleurs par tardé à railler leurs adversaires pour un choix qui, selon, eux, confirme que le manque d’expérience d’Obama n’est décidément pas un handicap. Sur les questions économiques et sociales, la gouverneur de l’Alaska ne peut pas non plus mettre en avant une expérience notable. Rappelons en effet que l’Alaska, malgré sa superficie, est l’un des Etats les moins peuplés de l’Union (vingt fois moins peuplé que l’Illinois, par exemple).

Alors pourquoi ce choix ? Sans doute parce que McCain a décidé de ne plus centrer sa campagne autour de l’inexpérience de son adversaire, comprenant que cet argument ne saurait lui suffire à assurer son succès. Il ne veut pas tomber dans les mêmes écarts qu’Hillary Clinton lors des Primaires, et choisit au contraire de contrer les Démocrates sur la jeunesse.

Le débat Palin-Biden : une affiche inattendue
L’un des moments forts des semaines à venir sera le débat opposant les deux candidats à la vice-présidence, le 2 octobre. Face au très expérimenté Joe Biden, nul doute que Sarah Palin n’a pas l’avantage. Mais est-ce important ? Tout l’enjeu est là. Dans les rendez-vous politiques de ce type, l’image compte souvent plus que le contenu, et la proximité avec l’électorat fait mouche là où de grandes démonstrations n’atteignent qu’un petit nombre. Un peu à la manière de George W. Bush, souvent raillé lors de ses débats, mais apprécié du grand public, Sarah Palin pourrait s’en tirer mieux que prévu. Reste que le sénateur du Delaware part rassuré, lui qui pensait sans doute être opposé à un poids lourd du parti républicain, et s’il lui sera difficile d’attaquer son adversaire sur le bilan des années Bush, il pourra en revanche la contrer sur ses idées conservatrices, pour mieux éloigner McCain des centristes.

Le soutien des conservateurs, mais à quel prix ?
Certes, Sarah Palin est une vraie conservatrice, et pourrait permettre à McCain de séduire un électorat qui a jusqu’à présent fraîchement accueilli sa candidature. C’est visiblement la raison qui a motivé le choix du candidat républicain. Est-ce un bon choix ? On sait que le poids des conservateurs est important aux Etats-Unis, mais la force de McCain jusqu’à présent fut de dépasser les clivages politiques traditionnels. Opposée à l’avortement, membre de la NRA, membre de l’aile conservatrice de son parti, Sarah Palin risque dans le même temps de décevoir les nombreux indépendants et centristes qui ont jusqu’ici soutenu McCain pour son franc-parler et son profil atypique. En présentant un ticket fidèle à l’image du parti républicain, le sénateur de l’Arizona risque ainsi de s’exposer à un vote sanction qu’il est parvenu jusqu’à présent à éviter, en ne se présentant pas comme l’héritier de huit ans de gestion républicaine. Difficile par exemple d’imaginer les électeurs d’Hillary Clinton se tourner vers Sarah Palin au simple prétexte que c’est une femme !

Reste une solution : se servir de Sarah Palin pour aller à la pêche aux conservateurs, mais ne pas trop s’exposer avec elle dans le même temps. En d’autres termes, un ticket comparable à celui de Bush père et le très conservateur Dan Quayle, peu expérimenté lorsqu’il devint vice-président, à 41 ans, et ne faisant pas d’ombre à son colistier. Une campagne présidentielle de maverick : encore un pari pour John McCain.

En partenariat avec contre-feux.com





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